La DRIRE de notre région ne dit pas la même chose que la DRIRE du Languedoc - Roussillon.?? pourquoi? Ne faut-il pas appliquer pour nous le principe de précaution?

Publié le par ADPSE

Voilà ce que dit la DRIRE du Languedoc Roussillon...en réponse à l'article de la DRIRE paru dans le RL du lundi 6 juillet.



Les impacts sur la santé humaine
L’émission de substances polluantes dans l’atmosphère entraîne des risques d’exposition de la population difficiles à éviter contrairement à d’autres types de pollution. Il est couramment admis que plus du tiers de la population vivant en Europe dans un milieu urbain est exposé à des niveaux supérieurs aux recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé. Les effets de cette exposition seront individuellement extrêmement variables et les personnes exposées n’auront pas toutes des problèmes de santé à court terme. L’âge du sujet, la sensibilité, la durée d’exposition, la préexistence de maladies respiratoires sont autant de facteurs qui influeront sur la gravité des effets résultants. Ils peuvent s’étaler sur une échelle allant du simple inconfort jusqu’au décès par détresse respiratoire ou cardiaque.

Ainsi, si les effets individuels ne sont pas toujours spectaculaires, il n’en reste pas moins que l’existence d’un faible facteur de risque, même lorsque l’on se trouve en dessous des niveaux réglementaires, mais qui concerne une population nombreuse, conduit à l’émergence d’un réel problème de santé publique.
Par ailleurs, les personnes déjà fragilisées par des insuffisance cardiaques ou respiratoires, atteintes de bronchite chronique ou asthmatiques sont particulièrement sensibles à la pollution atmosphérique [54].


Une problématique difficile
Deux méthodes scientifiques principales permettent d’approcher une quantification de l’impact sanitaire de la pollution atmosphérique, il s’agit de la toxicologie et de l’épidémiologie. Plusieurs difficultés peuvent, néanmoins, rendre l’exercice délicat. Il s’agit notamment :
- de la méconnaissance que nous avons de la composition exacte de l’air ambiant où, sur le très grand nombre de substances ou de particules biologiques vivantes ou non (bactéries, virus, moisissures, pollens…) susceptibles d’être présentes et d’interagir, seules quelques unes sont régulièrement suivies ;
- des concentrations très faibles des indicateurs suivis, bien en deçà des concentrations rencontrées lors d’observations d’intoxications aiguës et pour lesquelles il est difficile d’attribuer tel effet à telle substance ;
- de la variabilité des réactions des individus confrontés à une même concentration de polluants.
• du fait de leur âge,
Les enfants ont un appareil respiratoire inachevé à la naissance qui continue à se former jusqu’à la fin de leur croissance. Ainsi, le nombre d’alvéoles pulmonaires passe de 25 millions à la naissance à 300 millions voire 600 millions à l’âge de 8 ans. Les bronches du nourrisson ne disposent que de peu de muscles sur leurs parois et sont riches en glandes bronchiques. Celles-ci, en situation anormale, fabriquent des sécrétions en excès qui peuvent les obstruer ;
Les personnes âgées présentent un déficit immunitaire et des fragilités du système respiratoire et cardio-vasculaire dues au vieillissement ;
• du fait de leur état de santé déficient ;
Les personnes souffrant d’affections cardio-vasculaires ou de pathologies respiratoires (asthme, bronchite chronique…) sont fragilisées par rapport à la pollution atmosphérique. Par ailleurs, certains traitements diminuent les défenses immunitaires ;

• du fait de leur activité physique ;
Les activités physiques (travaux pénibles, sport…) augmentent le débit ventilatoire pulmonaire et permettent l’introduction d’une plus grande quantité de polluants dans les poumons.

La toxicologie
La toxicologie est basée sur des méthodes expérimentales animales ou humaines contrôlées permettant d’étudier les réactions à une exposition donnée. Lorsqu’elles sont intenses et brèves, elles peuvent se traduire par des altérations organiques ou cellulaires. L’application de facteurs de pondération permet extrapoler les conclusions aux effets sur l’homme confronté à des niveaux de concentration rencontrés dans l’air ambiant. Ce type d’étude est mis en œuvre pour une substance chimique déterminée et ne permet pas de mettre en évidence des effets d’interactions de substances (synergie et inhibition) tels qu’il est courant de les rencontrer dans la réalité.

Pour les effets à long terme, les essais de cancérogenèse, notamment, l’interprétation est encore plus délicate malgré la multiplicité de tests disponibles sur les animaux. L’évaluation de risque de cancer est validée par le centre international de recherche sur le cancer sous l’égide de l’Organisation Mondiale de la Santé.

Quelques expérimentations humaines contrôlées ont été menées à bien, sur l’ozone en particulier, mais les effets de synergie de polluants et ceux liés à la fragilité initiale des individus ne sont pas pris en compte puisque les volontaires sont des jeunes adultes en bonne santé.

L’éco-épidémiologie
En santé environnementale, les risques individuels sont “faibles”, mais dans le cas de la pollution atmosphérique, du fait de l’importance de la population exposée, les risques collectifs sont loin d’être négligeables. Cette hypothèse a nécessité le développement d’une nouvelle méthodologie utilisant des techniques statistiques : l’épidémiologie écologique temporelle dite éco-épidémiologie.

Cette méthode permet, alors qu’un danger est déjà suspecté, de mettre en évidence les excès de risques, à court terme, pour la santé humaine au sein d’un groupe d’individus. La méthode de modélisation de séries chronologiques permet, notamment, l’analyse des relations entre des indicateurs d’exposition aux polluants et certains indicateurs de santé en prenant en compte tous les facteurs susceptibles de biaiser ces relations comme, par exemple, les épidémies de grippe, les saisons, les périodes polliniques et les facteurs météorologiques.

Cette méthode qui a été mise en œuvre sur 9 agglomérations françaises de plus de 250.000 habitants (Bordeaux, Le Havre, Lille, Lyon, Marseille, Paris, Rouen, Strasbourg, Toulouse) a permis de conclure [48] :
- à l’existence d’une association à court terme entre la pollution atmosphérique urbaine (indicateurs de pollution : SO2, NOx, O3, particules en suspension) et la mortalité due à certaines maladies. Ces effets peuvent s’exprimer en nombre de décès anticipés attribuables chaque année à la pollution de l’air : 265 décès/an en mortalité totale pour les 9 villes dont 107 pour la mortalité cardio-vasculaire et 23 pour la mortalité respiratoire;
- à l’absence de différence importante, en terme de risques de mortalité, entre les zones d’étude, quelle que soit la diversité des pollutions et les caractéristiques climatiques, géographiques ou socio-démographiques rencontrées. L’excès de risque de mortalité anticipée pour la population, pour une certaine variation de la pollution, est alors exprimé en pourcentage. C’est ainsi qu’on estime à 3 à 4%l’augmentation de la mortalité en risques combinés pour une augmentation de 50 µg/m3 en concentration des indicateurs de pollution.
Cette méthode a également fourni d’intéressants résultats en terme d’impact de la pollution atmosphérique sur la morbidité.

Par exemple, l’étude ERPURS [49], développée en région parisienne, au début des années 90, a montré :
- qu’il est impossible de mettre en évidence des seuils d’effets puisque des augmentations de risques sanitaires sont observées à partir de faibles niveaux de pollution ;
- qu’il existe un lien entre les niveaux moyens de pollution couramment observés et des problèmes de santé en terme d’accroissement des hospitalisations, des visites médicales à domicile ou des arrêts de travail ;
- qu’en été, on a observé, à l’assistance publique de Paris, des augmentations des hospitalisations pour asthme, jusqu’à 25%, en liaison avec la croissance de l’indice des fumées noires ;
- qu’en été, on note un accroissement de 15%des consultations pour bronchiolite aux urgences pédiatriques de l’Hôpital Armand Trousseau en relation avec le NO2.

Dans l’attente des conclusions des études complémentaires en cours, ces résultats ne sont pas encore extrapolables à d’autres agglomérations que celles étudiées.

Asthme, allergies respiratoires et pollution atmosphérique
L’asthme est la maladie chronique la plus fréquente de l’enfance. L’asthme non traité peut menacer la vie quotidienne des nourrissons, puis des enfants. Il génère de la fatigue, un manque de sommeil. S’il est plus grave, l’asthme peut altérer définitivement les tissus pulmonaires et se prolonger irrémédiablement tout au long de la vie, voire, s'il est non traité, menacer la vie.
L’impact de la pollution atmosphérique sur la prévalence de l’asthme est encore un sujet de controverse. L’hypothèse la plus probable de l’augmentation de la prévalence de l’asthme depuis 20 ans est l’influence de l’environnement intérieur : mise en place d’isolation de l’habitat dans le cadre des économies d’énergie, présence croissante d’animaux domestiques, augmentation de la consommation de tabac par les femmes. En revanche il semble reconnu que la fréquence de la toux et de la respiration sifflante soit plus élevée en zone polluée, notamment chez les enfants [46].
La pollution de l’air extérieur a un effet sur les asthmatiques déclarés. Les études d’éco-épidémiologie ont montré que les augmentations de concentrations des indicateurs de pollution sont associées à des augmentations sensibles du nombre d’hospitalisations, de consultations chez des pédiatres et dans des services d’urgence.

“… si la pollution atmosphérique joue incontestablement un rôle modulateur dans l’expression des maladies allergiques respiratoires, le débat porte aujourd’hui, d’une part sur son impact global et son poids par rapport aux autres nuisances de l’appareil respiratoire, d’autre part sur le rôle possible de l’exposition chronique aux polluants, notamment les polluants d’origine automobile sur la genèse des maladies allergiques.” [46]
“L’ensemble des études disponibles met en évidence une fréquence des sensibilisations aux aéroallergènes plus élevée en milieu urbain. Cependant, ces études ne permettent pas de reconnaître les facteurs responsables.” [46]

Les connaissances régionales
La région s’est dotée de pôles de recherche dynamiques : recherche clinique au service des maladies respiratoires du centre hospitalier universitaire de Montpellier, de l’institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM), centre national de la recherche scientifique, observatoire régional de la santé. D’importants travaux ont été menés ces dernières années sur les maladies respiratoires. [45].
Par exemple, ceux concernant la prévalence de l’asthme et des allergies chez l’adolescent ont été l’occasion de mener l’enquête ISAAC phase 1 en Languedoc-Roussillon, auprès de 3384 adolescents de 13-14 ans scolarisés en collège. Les résultats ont fait apparaître des taux de prévalence de l’asthme, de rhinite ou de dermatite conséquents [50].
D’autres travaux sur une population adulte ont mis en évidence des taux de prévalence de l’asthme plus faibles tandis que les allergies nasales touchent un tiers de cette tranche d’âge [51].
Par ailleurs, l’observatoire régional de santé conduit actuellement une étude sur l’analyse des données de la mortalité due à des maladies respiratoires ou cardio-vasculaires.

Des recherches sur l’impact des polluants photochimiques, comme l’ozone, sur l’intégrité du système de défense anti-oxydants sont également en cours à l’INSERM [52].

Les impacts sur les milieux naturels et agricoles
Les effets de la pollution atmosphérique sur la végétation sont multiples. Certains d’entre eux se manifestent sous forme de nécroses foliaires ou de pertes de rendement des cultures, d’autres peuvent, au contraire, entraîner une accélération de la croissance des végétaux parfois au détriment de leur longévité. Certains végétaux sont plus sensibles que d’autres à ces effets. C’est le cas, par exemple, du tabac, de la vigne, des arbres fruitiers etc…. qui sont réputés pour leur sensibilité à l’ozone [38]. Parmi les végétaux naturels, les lichens présentent eux aussi une grande sensibilité aux polluants atmosphériques.
Les effets de la pollution atmosphérique sur la végétation apparaissent à long terme. Le cumul de ces effets sur plusieurs décennies peut provoquer une modification des écosystèmes et une dégradation des milieux.
Les polluants peuvent agir selon différentes voies : soit directement par dépôt ou échange à travers la surface foliaire, soit indirectement par dépôt sur le sol et assimilation par les racines ou encore modification de la chimie du sol environnant. Dans ce cas, les effets ne sont pas immédiatement apparents sur les végétaux.
En Languedoc-Roussillon, les effets des dépôts acides sont limités par des émissions d’oxyde de soufre relativement faibles, mais aussi par la forte proportion de sols à caractère calcaire qui permettent de neutraliser cette acidification. C’est donc plutôt sur les problèmes d’impact des polluants photochimiques que doit se porter l’attention.

Les impacts sur le patrimoine bâti
La pollution de l’air joue un rôle certain dans la dégradation des bâtiments. Plusieurs facteurs peuvent intervenir. La pollution acide, en particulier par les oxydes de soufre, a un impact fort sur l’altération des matériaux naturels (bois, pierres, tout particulièrement calcaires…) mais aussi des matériaux modernes (métaux, verre…). Les particules ont, en sus de leur impact esthétique évident par simple dépôt et salissure des façades, un potentiel de détérioration car elles servent de vecteurs de transport des composés acides.
Certains de ces effets ont été bien étudiés dans quelques grandes villes comme Paris ou Strasbourg, où on a pu mettre en évidence des mécanismes de détérioration du calcaire par transformation en gypse. Ces pollutions acides ne sont cependant pas, comme nous l’avons vu dans les paragraphes précédents, l’apanage de la région qui se caractérise plutôt par des pollutions d’origine photochimique.

Les impacts de la pollution atmosphérique : ce qu’il faut retenir

De graves épisodes de pollution historiques ont prouvé, depuis plus de 40 ans, que la pollution atmosphérique peut être un facteur de risque pour la santé. Des études épidémiologiques récentes montrent, de plus, que même les bas niveaux de concentration en indicateurs de pollution peuvent avoir un effet à court terme sur la santé. Les valeurs réglementaires ne peuvent donc plus être considérées comme des valeurs de référence en dessous desquelles la santé publique serait protégée mais plutôt comme des valeurs officiellement reconnues de niveaux de risque acceptable pour la population.
Les effets de la pollution atmosphérique sur la santé sont multiples. Les principaux se manifestent par la complication de maladies cardio-respiratoires préexistantes. La puissance des outils statistiques utilisés a permis une mise en évidence de ces impacts. Il n’est cependant pas possible d’affirmer que les risques sont actuellement plus élevés que par le passé pour la région du languedoc roussillon[54].
D’autre part, force est de reconnaître que les effets à long terme sur la santé ne sont que très peu connus, de même que les niveaux réels d’exposition individuelle aux polluants atmosphériques extérieurs comme intérieurs.

A ce jour, il n’y a pas d’impact constaté à grande échelle de la pollution atmosphérique sur des zones agricoles ou naturelles du Languedoc-Roussillon. Cependant, des symptômes qui pourraient être attribués à l’ozone, probablement en synergie avec un stress hydrique, ont été récemment observés sur le pin d’Alep en Languedoc. L’état des connaissances des effets de la pollution de l’air sur les végétaux naturels et agricoles de la région reste néanmoins parcellaire et doit être complété pour pouvoir fournir un diagnostic fiable avant toute proposition d’actions. Une attention particulière doit être portée aux milieux naturels mais aussi agricoles remarquables de la région.

Il n’y a pas d’impact constaté à grande échelle de la pollution atmosphérique sur le patrimoine bâti en Languedoc-Roussillon. Cependant, il ne faut pas oublier que ces effets, lorsqu’ils surviennent, sont les résultats d’une lente dégradation entamée il y a plusieurs décennies et constatée aujourd’hui. La connaissance des effets des polluants sur le patrimoine bâti de la région reste fort limitée.

 

Ne faut-il pas être prudent et appliquer pour notre région lorraine déjà hyperpolluée par rapport au restant de la France le principe de précaution?

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