Une lettre pour l'enquête publique : une lettre exemplaire...

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Une lettre d'un ancien membre de notre association transmise aujourd'hui le 1er juillet à Monsieur le Maire, au président du CASC et à Monsieur le Commissaire enquêteur à Hambach

A lire à tout prix!

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                                                                                                 Sarreguemines, le 1° juillet 2009
Bernard Blandre
82 Rue Rabelais,
57200 Sarreguemines


Enquête publique Hambregie

A l’attention de Monsieur MONLEZUN

Commissaire- enquêteur

2 Rue de la Gare

57910 Hambach

Lettre ouverte



Monsieur le Commissaire- enquêteur,


Par la présente, je souhaite vous faire part de mes réflexions au sujet du projet d’implantation d’une centrale électrique fonctionnant au gaz sur l’Europôle de Sarreguemines.


Le contexte : une population sensible aux problèmes d’environnement


Il n’est pas question de développer ici un long historique des faits survenus depuis 1979 dans la région de Sarreguemines. Je ne ferai que les rappeler brièvement :


En 1979-1980 la région a été animée par une vive controverse au sujet de l’implantation de l’usine de batteries General Motors en raison des rejets de plomb craints par la population. Réunions publiques, débat public en mairie de Sarreguemines en présence du Maire de l’époque, trois manifestations de rues. Résultat : l’usine a été mise en fonctionnement, a été prise sur le fait à polluer (des analyses de végétaux attestant le fait) et, suite à une action en justice menée près le Tribunal administratif de Strasbourg par l’Association de défense contre la pollution de Sarreguemines et environs (ADPSE), a été contrainte par le Préfet de la Moselle de limiter ses rejets dans l’atmosphère.


Dans les années 1985, une vive contestation contre un gigantesque projet Esys d’incinération d’ordures à Grosbliederstroff. Résultat : l’industriel a dû renoncer.

Depuis des années, la région avait ensuite bénéficié d’un calme appréciable. Le projet Direct Energie vient le perturber et ranime les inquiétudes. Une partie de la population n’est pas décidée à se laisser polluer. D’où les mouvements dont vous avez connaissance, et notamment la manifestation du 25 juin à Sarreguemines.


Un débat pollué par des considérations politiques


Comme en 1979-80, le débat pour ou contre est perturbé par des considérations politiques.

D’un coté, des élus locaux – ceux de la CASC dans le cas présent – soucieux de créer des emplois et d’accroître les ressources de la collectivité publique qu’ils gèrent par des taxes locales. Dans le contexte économique et social actuel, on ne peut que comprendre leur préoccupation.

De l’autre, une partie des habitants de la région, qui privilégient la qualité de l’environnement et se préoccupent de la santé publique. Leur souci n’est pas celui de farfelus ni d’idéologues. De nos jours, il ne se passe plus un jour sans que la presse mette l’accent sur la gravité des problèmes environnementaux. On s’en soucie jusqu’au sommet de l’Etat.

Entre les deux camps, les propos agressifs ont commencé à fuser. Cela n’apporte rien à la sérénité du débat.


Il faut dépasser ces animosités, dans une recherche commune de l’intérêt public. Les uns et les autres devraient réfléchir sur la base de la question suivante :


Le projet de construction d’une centrale électrique au gaz à Hambach est-il d’un intérêt public suffisant pour justifier la dégradation de l’environnement ?


Encore faut-il préciser la notion d’intérêt public. Il s’agit évidemment d’abord de l’intérêt local : emplois et revenus fiscaux ; bonne qualité de vie dans le bassin de Sarreguemines. Mais il s’agit aussi de l’intérêt public mesuré à l’échelle de la planète, auquel l’humanité dans son ensemble est de plus en plus sensible. On rétorquera que ce ne sera pas la centrale de Hambach qui changera grand-chose à l’environnement du monde ; certes, mais les petits rejets additionnés font les grandes pollutions. Si aucun des responsables ne prend l’initiative de bloquer une « petite » source de pollution, rien n’empêchera la situation déjà critique de s’aggraver.


La centrale électrique sera polluante


La bataille des chiffres est engagée. Mais des faits sont d’ores et déjà certains :

Le dossier d’enquête publique fait état de rejets : fumées, poussières, dioxyde d’azote, monoxyde de carbone, dioxyde de soufre et gaz carbonique, tout ceci en grandes quantités. C’est nocif pour l’environnement et pour la santé publique.

Ces rejets seront évacués par de hautes cheminées. Cela pourrait sembler rassurant pour l’environnement local, mais ce n’est pas satisfaisant. Ce que les Mosellans de l’Est n’absorberaient pas viendrait s’ajouter à la masse de substances polluantes qui empoisonnent la planète. Pour ne prendre que le seul exemple du gaz carbonique, la centrale contribuera au réchauffement de la planète par l’effet de serre, et par là à la submersion progressive des îles Maldives ou à l’ennoyage du delta du Nil au grand dam de millions d’Egyptiens. Citoyens du monde, nous devons prendre conscience de nos responsabilités.

Dans une intervention à la réunion de la CASC, Monsieur le Député- Maire de Sarreguemines a comparé le dossier d’enquête publique à une notice de médicament : on y indique tout ce qu’on risque au maximum, sans qu’il soit certain que ce maximum soit forcément atteint. Il a peut-être raison, mais s’appuyer sur ce dossier pour autoriser la centrale à fonctionner, c’est ouvrir la boîte de Pandore. C’est autorisé, donc c’est possible. Au demeurant, quel serait pour l’industriel l’intérêt de publier des chiffres de rejets surévalués ?

L’exemple de General Motors est significatif : dans un environnement à l’abri de toute source de pollution, les quantités de plomb constatées dans la matière sèche végétale s’élèvent à quelques microgrammes par gramme. Quand l’usine a commencé à fonctionner, les analyses de végétaux effectuées sur commande de l’ADPSE par un laboratoire indépendant ont révélé des taux de plusieurs centaines de microgrammes par gramme. Une fois, le seuil de 1000 a été dépassé. Il aura fallu un jugement du Tribunal administratif de Strasbourg pour que les normes imposées par le Préfet amènent à faire chuter les chiffres à quelques dizaines de microgrammes/gramme. Cela illustre bien le fait que ce qui est autorisé est possible à un tel point qu’il faut que les pouvoirs publics interviennent.


Une centrale thermique à gaz, c’est obsolète


Une centrale thermique à gaz ne correspond ni aux nécessités de préserver l’environnement, ni aux besoins d’une économie locale moderne.

Au niveau local, la région de Sarreguemines n’a pas besoin de cette centrale. Ses besoins en électricité sont satisfaits. On pourrait certes la juger utile dans le cadre d’une éventuelle augmentation de la consommation, mais cela irait à l’encontre de la politique d’économie d’énergie qui est de plus en plus d’actualité. Voir les dispositions prises pour imposer les ampoules électriques à basse consommation.


Une centrale thermique au gaz, c’est la cause d’un gaspillage de gaz. Seule une partie de l’énergie se transforme en électricité, le reste va contribuer au réchauffement de l’atmosphère, c’est-à-dire à la dégradation de l’environnement planétaire. On sait que la Terre ne dispose plus de réserves de gaz naturel fossile que pour quelques dizaines d’années. Il serait plus rationnel de réserver ce qui existe encore aux usages domestiques.


Une politique industrielle tournée vers l’avenir, c’est consacrer les zones industrielles comme l’Europôle aux technologies de pointe, notamment aux énergies renouvelables. En organisant un système de tri sélectif des déchets, la CASC a prouvé son souci de préserver l’environnement. S’orienter vers les énergies renouvelables plutôt qu’accentuer la combustion des fossiles, ce serait pour la CASC confirmer la continuité de sa politique.


Les emplois et les taxes locales ne sont pas des arguments suffisants.


Lorsqu’ils avancent l’argument des emplois et des ressources fiscales qu’amènerait la centrale électrique, les élus de la CASC jouent pleinement leur rôle à première vue. A mieux réfléchir, l’intérêt n’est pas si évident qu’il paraît.


Les ressources fiscales ne sont certes pas négligeables. Lors de la réunion de la CASC dont fait état le Républicain lorrain du 27 juin, le Président Roland Roth a affirmé que la TPE induite servirait à ne pas augmenter les impôts. C’est louable, mais le contraire ne serait pas dramatique : la presse locale informe fréquemment ses lecteurs de la bonne santé financière de la CASC.


40 emplois, ce n’est pas négligeable non plus. Encore faudrait-il être sûrs qu’ils fussent effectivement créés. Là encore, l’exemple de la General Motors à Sarreguemines est à méditer : GM annonçait 600 emplois ; on n’a jamais atteint ce chiffre.


Encore faudrait-il aussi que ces 40 emplois ne fussent pas des repoussoirs pour d’autres. Quelle serait la réaction de cadres d’entreprises qui voudraient s’implanter sur l’Europôle s’ils apprenaient qu’ils travailleraient dans un environnement pollué ?



Pour conclure


Le projet d’implantation d’une centrale d’électricité thermique Direct Energie sur l’Europôle n’est pas opportun. C’est une installation qui serait polluante, obsolète, gaspilleuse d’énergie, inutile pour l’approvisionnement local en électricité. La CASC n’a pas un besoin urgent d’une taxe professionnelle que le Président de la République envisage de supprimer. Elle serait un repoussoir pour l’installation d’activités propres qui rapporteraient autant dans les domaines de l’emploi et des finances locales.

Lors de la dernière réunion de la CASC, le Président Roth a déclaré : « Si le projet s’avère nocif pour l’environnement, nous n’hésiterons pas à le refuser, à faire marche arrière. ». Voilà une parole de sagesse.


Je demande donc :


A Monsieur le Commissaire- enquêteur, de prendre en compte le souci de la population locale et la préservation de l’environnement, local et celui de la planète, et de ce fait de donner un avis défavorable à la mise en service de cette centrale.


A Mesdames et Messieurs les élus de la CASC et les élus municipaux des communes incluses dans le périmètre de l’enquête publique, de voter un avis défavorable à cette mise en service.


Ce faisant, les uns et les autres s’honoreraient en montrant leur souci d’un développement durable sans négliger pour autant la bonne gestion des collectivités dont ils ont la responsabilité.


Bernard Blandre


Ancien membre fondateur de l’Association de défense contre la pollution de Sarreguemines et environs.

Ancien adjoint au Maire de Sarreguemines.

… mais toujours préoccupé de l’intérêt public et de la qualité de l’environnement.


Copies

Monsieur le Président de la CASC

Monsieur le Député- Maire de Sarreguemines


 

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