Pourquoi ceci n'est pas possible dans les villages de la CASC?

Publié le par ADPSE

L'énergie propre des agriculteurs allemands

Des éoliennes fournissent la commune de Freiamt en électricité.
Des éoliennes fournissent la commune de Freiamt en électricité. Crédits photo : Garzone/AP

Quatrième reportage de notre série consacrée aux conséquences du réchauffement climatique, et à la protection de l'environnement. En Allemagne, au coeur de la Forêt-Noire, les agriculteurs anticipent la raréfaction du pétrole et complètent leurs revenus en produisant de l'énergie écologique.

« UN JOUR, il n'y aura plus de pétrole », Hans Holzer le sait. Il sait aussi que, comme le gaz, cette ressource sera « de plus en plus chère ». Âgé de 50 ans, cet assistant géomètre avoue ne pas connaître grand-chose aux énergies renouvelables, encore moins à l'énergie solaire. Tout au plus est-il capable de « brancher une prise », lâche-t-il avec humour. Mais comme beaucoup d'autres habitants de Freiamt, un village du Bade-Wurtemberg lové au coeur de la Forêt-Noire, il a choisi de poser des panneaux photovoltaïques sur le toit de sa maison. Une décision en faveur de l'environnement, mais aussi encouragée par l'aspect financier du projet. Hans Holzer évoque, malicieux, « l'égoïsme salutaire » qui l'a influencé.
Fin 1990, un investisseur s'est intéressé aux champs situés sur les hauteurs du village, localisation idéale pour y installer des éoliennes. « Ici, les gens n'aiment pas se faire dicter le chemin à suivre par d'autres. » Exit l'investisseur. « Ce que les habitants peuvent faire eux-mêmes, ils le font », raconte le maire de la commune, Hannelore Reinbold-Mench. Dont acte. Ernst Leimer, agriculteur de Freiamt, a décidé de se saisir de l'affaire. Il a fondé une association destinée à promouvoir un projet d'éoliennes auprès des autorités locales. Bilan : quatre hélices d'une capacité de près de deux mégawatts (MW) chacune produisent de l'électricité pour la commune. Au profit des 300 habitants - sur 4 300 - qui ont investi dans l'entreprise.
À les observer, Hans Holzer a compris qu'il pouvait lui aussi « gagner de l'argent » avec l'écologie. Grâce à la loi sur les énergies renouvelables (EEG) entrée en vigueur en 2000, le prix de revient de l'électricité issue de sources alternatives est subventionné par l'État pendant vingt ans. Les distributeurs, comme EnbW dans la région, sont contraints d'acheter la production à un prix fixe et de la revendre beaucoup moins cher aux consommateurs. Lesquels financent l'aventure par leurs impôts. Hans Holzer a parié sur l'énergie la plus rémunératrice : le solaire, dont le prix de revient est le plus aidé. Ces installations ne nécessitent aucune autorisation, mais un sérieux investissement à crédit. « Dans une douzaine d'années, [il] sera amorti et nous pourrons en tirer profit », explique-t-il. Sa femme se réjouit déjà de cette future « rente ».
À Freiamt, commune modèle, une centaine de foyers sont désormais dotés de panneaux solaires. Il s'agit pour certains d'entre eux d'un important complément de revenu. Walter Schneider par exemple, qui est producteur de lait. Ce que lui rapporte son activité ne suffit plus. Pour pallier ce manque, « il faut être un peu créatif », explique-t-il, sûr de ce que « le soleil brillera encore pendant des générations ». Walter Schneider y voit lui aussi un moyen d'assurer ses vieux jours. « On ne peut pas vivre avec une retraite d'agriculteur. » S'il reconnaît que l'intérêt économique a primé lorsqu'il a décidé de se doter de panneaux, son engagement en faveur de l'environnement est bien réel. Depuis de nombreuses années, il récupère la chaleur du lait fourni par son bétail. Un échangeur lui permet de chauffer la consommation d'eau de la maison - 300 000 litres par an - et «pas la Forêt-Noire », s'amuse-t-il.
Les Reinbold ont, eux aussi, eu recours aux énergies renouvelables pour faire face aux difficultés. Après la crise de la vache folle, l'activité de ce couple d'éleveurs a décliné. « Nous avions 100 taureaux et 350 cochons », raconte Inge Reinbold. En guise de reconversion, le couple a choisi le biogaz. Fumier, blé, herbe sont traités pour produire de l'électricité. Les Reinbold en vendent un million de kW/h par an. Et grâce à la chaleur issue des moteurs de leur installation, ils chauffent l'eau de sept maisons alentour. Autre avantage pour l'environnement, « le fumier ne sent plus » et est « beaucoup moins nocif » lorsqu'il est réutilisé comme engrais.
Pour le maire de Freiamt, la question des énergies renouvelables est « un thème important pour l'avenir », tant sur le plan écologique que pour lutter contre l'exode rural. « Si les gens ont des perspectives, ils resteront ici », souligne Hannelore Reinbold-Mench. Au biogaz, aux énergies solaire et éolienne s'ajoutent le chauffage au bois exploité par Walter Schneider, ou encore l'énergie hydraulique de la rivière Brettenbach récupérée par le boulanger Friedrich Mellert. Désormais, le village produit 14 millions de kW/h d'électricité propre par an, deux millions de plus que pour sa propre consommation. Mais Freiamt n'est qu'une commune parmi les 12 340 en Allemagne.

extrait du Figaro.fr...

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