Le Monde : la société civile ne peut plus compter que sur elle-même...

Publié le par ADPSE

23 décembre 2009

Planète : la société civile ne peut plus compter que sur elle-même

Le fiasco de Copenhague est d'abord celui des responsables politiques. Mouvements sociaux, consommateurs et citoyens doivent prendre le relais





Tout d'abord, soyons clairs. C'est un échec sur toute la ligne et il n'y a même pas de quoi sauver la face. Il n'existe aucun accord puisque les 192 nations réunies à Copenhague n'ont fait que prendre acte d'un texte sans l'approuver. Il n'y a aucun accord puisqu'il n'y a aucun engagement. Aucun objectif précis dans la lutte contre le réchauffement climatique n'est fixé pour 2050, et a fortiori pour 2020. Et contrairement à ce qu'a annoncé le président Sarkozy, les trois annexes jointes au texte accepté par vingt nations ne seront pas remplies puisque aucun accord n'a été signé.

C'est un échec humiliant pour l'Europe puisque le président Obama, qui n'a pas été à la hauteur de son prix Nobel, a présenté ce pseudo-accord aux Européens après l'avoir négocié avec la Chine, l'Inde et le Brésil. Non seulement l'Europe s'est révélée incapable de parler d'une voix et d'avoir sa place, mais encore elle apparaît comme à la traîne, alors qu'elle est en réalité, parmi les pays industrialisés, la seule à avoir pour le moment réalisé des efforts concrets. Enfin, pour ceux qui, comme le président Sarkozy ou Gordon Brown, croyaient pouvoir endosser l'habit de sauveur de la planète, l'échec est encore plus retentissant.

Il est évident que tout ou presque est à recommencer. Personne - à commencer évidemment par tous écologistes sincères - ne doit se contenter de lancer des invectives et de désigner des responsables. Chacun doit repenser la stratégie pour ne pas laisser le champ libre aux fossoyeurs organisés de Copenhague et d'une partie au moins de l'humanité.

Eviter que ce fiasco se transforme en succès pour les climato-sceptiques, les pétroliers et autres lobbys - dont la cupidité, l'esprit de rentier, et pour certains le simple ego, l'emportent sur tout, y compris leur simple intérêt d'être humain, responsable, ne serait-ce qu'à l'égard de leur propre famille - à l'instar du patronat d'un grand pays industrialisé fêtant au champagne au Bella Center, vendredi soir, l'échec de la convention ou du premier ministre du Canada qui se dit très heureux de l'échec ? La réponse est dans la révolte, le refus de toute résignation et l'action organisée des citoyens et consommateurs.

Eviter que les débuts d'une économie verte, qui pourrait jouer un rôle majeur dans la transformation du monde, même si ce n'est pas la solution unique, ne se fracassent devant une incertitude des politiques publiques à venir ? La réponse est dans la responsabilité sociale des entreprises, le développement de la consommation responsable et les nouveaux comportements qui encourageront les entreprises dans cette voie.

Eviter que les engagements financiers à l'égard des pays en développement, à commencer par l'Afrique et l'Alliance des petits Etats insulaires (Aosis), même s'ils n'ont pas été formalisés dans un accord, soient oubliés, à commencer par l'Europe qui a besoin de redorer son blason. La réponse est dans le changement d'attitude à l'égard de l'Afrique, en particulier, pour rétablir la confiance en tenant à la virgule les promesses faites et en assurant réellement les transferts de technologie et la réalisation d'opérations concrètes.

Il est désormais clair qu'il n'est plus possible de faire confiance aux politiques, devenus des hommes d'affaires et non des responsables politiques, pour reprendre l'expression du président brésilien Lula, pour résoudre les problèmes du monde. Le court terme et les visions géostratégiques l'emportent sur le fondamental : notre survie.

Il restera de l'année 2009 que les dirigeants du monde ont été capables de sauver les banques et de leur allouer des milliers de milliards de dollars sans contrepartie, mais ont été incapables de mobiliser quelques dizaines de milliards de dollars pour éviter la disparition de zones entières, l'exode de millions de personnes, l'accroissement de la famine et de la pauvreté de millions d'autres ou les conséquences humaines des phénomènes extrêmes. Et même, puisqu'ils semblerait que cela soit la seule donnée qui compte, la perte de centaines de milliards de dollars, puisque c'est le coût du réchauffement, réévalué récemment par Lord Stern.

Il faut donc changer de gouvernance et le gouverneur Schwarzenegger l'a clairement exprimé. Ce n'est pas dans les couloirs de Washington, a-t-il affirmé, mais dans les grands mouvements sociaux, citant le mouvement des femmes ou de la résistance à la guerre du Vietnam, que se font les grands changements. Au fiasco de Copenhague, il faut opposer les réalisations présentées par les villes et régions, dans toutes les régions du monde qui, elles, changent le monde concrètement. Les technologies existent. Restent à trouver les financements en particulier dans le Sud.

La société civile ne peut désormais plus compter que sur elle-même pour assurer son avenir, et c'est cette gouvernance qu'il convient d'organiser. Notre qualité de consommateur doit être utilisée pour choisir en fonction de nos objectifs généraux. Et si la Chine décide de refuser des efforts et exporte son carbone en considérant qu'il doit être mis à notre débit, la réponse est simple : refusons ses produits et achetons-en d'autres fabriqués à proximité ou issus du commerce équitable. Ce que les politiques occidentaux n'ont pas été capables de faire, les consommateurs, s'ils le décidaient réellement, pourraient le faire.

De même, décidons d'encourager les entreprises socialement et environnementalement responsables en favorisant leurs produits au détriment des autres. Un mouvement de grande ampleur en ce sens est indispensable, et il ne pourra se faire qu'avec une alliance entre les grandes associations de consommateurs, les ONG oeuvrant pour le développement et celles qui agissent pour le climat. Il est indispensable que le monde de l'écologie au niveau national comme au niveau international fasse sa mue pour sortir de l'activisme qui lui est parfois reproché et devienne un véritable acteur.

Cela ne suffira évidemment pas. Face à des politiques obsédés par leur pouvoir national et refusant toute supranationalité qui, seule, pourrait permettre un droit international de l'environnement et des organes de contrôle et de sanctions, y compris juridictionnels, la société civile doit impérativement trouver la parade. Un certain nombre d'acteurs politiques le souhaitent, et le désespoir à Copenhague des représentants des petites îles ou du président du Tchad pleurant sur la disparition du lac Tchad si la température montait de 1 degré en témoigne.

Mais surtout, nous devons impérativement rétablir la confiance avec le Sud, ce qui implique de restaurer notre crédibilité. La facture de Copenhague vient payer les promesses non tenues de l'aide publique au développement, les choix de la Banque mondiale d'ordre plus politique que climatique, la toute-puissance des lobbys économiques et pétroliers qui ne veulent pas perdre leur rente pétrolière et ont su investir là où il fallait avec un cynisme parfait.

C'est à tous ceux qui veulent, ensemble, mûrir pour trouver, pour la première fois au monde, une solution universelle, de trouver de nouvelles voies de travail en commun. Cela impliquera de dépasser la colère et l'amertume, d'accepter de se remettre en cause, y compris pour les défenseurs du climat, et de trouver les voies nouvelles de la gouvernance du XXIe siècle.

Corinne Lepage

Vice-présidente du MoDem

présidente de CAP21 et eurodéputée

© Le Monde
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Cet article va dans notre sens :

Cette phrase pourrait être la notre pour les temps qui suivent :


La réponse est dans la révolte, le refus de toute résignation et l'action organisée des citoyens et consommateurs.

La réponse est dans la responsabilité sociale des entreprises, le développement de la consommation responsable et les nouveaux comportements qui encourageront les entreprises dans cette voie.


Et bonnes fêtes à tous les visiteurs de ce site ainsi qu'à tous les abonnés de l'ADPSE : NOUS CONTINUERONS NOTRE COMBAT CONTRE LA CENTRALE THERMIQUE DE HAMBACH

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Damms 06/01/2010 12:59


Je trouve que cette discussion prends des proportions énormes... ...pour en arriver à l'éternelle opposion droite-gauche. Nos amis allemand on bien compris qu'un seul parti ne pouvait pas etre
représentatif de la population : une coallition est necessaire afin que les voies de chaque votant soient prise en compte. Meme si le systeme allemand n'est probablement pas parfait, je pense qu'il
y a de bonnes choses à prendre.

Pour en revenir à la question du jour, et indépendament de la centrale, je pense que les politiques ont un role majeur. On a de cesse de culpabiliser le consommateur : voiture trop polluante,
chauffage trop energivore, trop de carton gaspillé... ...au final le consommateur n'est que la victime : il consomme ce qu'on lui propose. C'est une erreur de miser sur la bonne volonté des gens :
non pas que celle ci n'existe pas, mais cela prendrait un temps énorme etil est déjà trop tard. La solution serait de se focaliser sur le début de la chaine plutot que sur le dernier maillon
: il faut forcer les industriels qui veulent s'enrichir ( ce qui est normal pour toute entreprise) à le faire proprement via l'arsenal legislatif adéquat.

Exemple les sachet nylons ont quasiment disparu de nos supermarchés en quelques années seulement. Popurquoi ne pas faire le meme effort sur les cartons, plastiques...

LE sujet est vaste et va bien au dela du seul sujet de la centrale.


Alfred-Jean Zimmer 25/12/2009 15:40



On peut être d'accord avec cette affirmation « Il est désormais clair qu'il n'est plus possible de faire confiance aux politiques » même
locaux (et y compris les socialistes)  et que la « solution ne viendra plus de
régulations contraignantes qui ne peuvent  être promues et mise en place que par des organisation politiques  (le parti socialiste) et les gouvernement qui
en seront issus, qu' ils s'agissent de droits de barrières douanières , de normes ou de lois ». ( On a la mémoire courte au parti socialiste : on avait déjà la ligne Maginot comme barrière douanière et on avait la rupture avec le capitalisme en 1981 pour les normes et les lois et, cerise sur le gâteau, nous avons eu droit
aux 35 heures. Cela rappelle curieusement  -2000 ans en arrière -« du pain et des jeu ; exemple frappant : la fête de la musique » pour mettre de la
poudre aux yeux : une spécialité politique  encore bien en cours dans le parti en question.)


Mais un  comportement vertueux des opérateurs micro-économiques


cela peut changer le
monde !



Malheureusement  cela commence par soi-même et cela veut dire : chacun de
nous.


Chacun de nous : c’est  tout le monde sauf moi.  Non ?  Zut alors !


Exemples non limitatifs :


Si chacun de nous consomme le moins d’énergie possible (et fossile surtout.)


Si chacun de nous consomme moins d’emballages inutiles en les laissant dans les halls des magasins.


Si chacun de nous trie mieux ses déchets et en jette le moins possible.


Si chacun de nous baisse son chauffage de 21° à 20° ou 19°.


Si chacun de nous éteins les lumières qui brûlent inutilement et les appareils en veille.


Si chacun de nous consomme  moins d’eau ; et en récupère le plus possible pour son jardin.


Si chacun de nous fabrique son engrais en faisant de la lombriculture.


Si chacun de nous fabrique ses insecticides avec des produits naturels.


Si chacun de nous demande à son maire de nous rendre la lumière des étoiles (que les plus jeunes ne connaissent plus) en éteignant l’éclairage public
et des monuments une partie de la nuit.


Si chacun de nous privilégie les produits locaux.


Si chacun de nous emprunte les transports collectifs chaque fois que possible.


Si chacun de nous …..etc…….


Si chacun de nous fait son possible ; alors cela sera un bon début.



Commençons maintenant,  nos descendant  en parleront sûrement dans le futur.



 Les opérateurs micro-économiques font évoluer les macro opérateurs et les macro opérateurs
font évoluer l’économie mondialement !


 Il devrait y avoir une sorte de comité de sages (en dehors des partis politiques) composés de citoyens avérés honnêtes qui seraient placée
au dessus des hommes politiques, au dessus des chefs d'état, un comité indépendant et renouvelable au bout d'un an,  avec un pouvoir de refus ou d'acception de propositions faites par les
politiques.


Oui, non rémunéré, mais défrayé, cela limitera le nombre de candidat.


Et à chaque niveau : Etat, Région, Département,Commune, et Communauté de Communes sous toutes leurs formes. Cela évitera d’avoir comme à Metz un vice-président qui s’occupe uniquement des
vices présidents. Azed




ADPSE 25/12/2009 20:22


Monsieur Zimmer j'apprécie votre réponse concernant le comportement vertueux des opérateurs micro-économiques. Mais SVP, je refuse votre critique ici du PS. Cela n'est pas tolérable au sein de
notre collectif ADPSE.
Notre objectif premier est de trouver une solution pour arrêter le projet de la Centrale. Pour l'instant, ceux qui nous imposent ce projet de centrale à Hambach sont les élus de la CASC et ils ne
sont pas tous des élus socialistes, au contraire. Donc vous vous trompez d'ennemis.
Mais nous ne sommes pas là pour politiser le débat, au contraire.
Il nous faut au contraire élever le niveau et faire comprendre à nos compatriotes que notre environnement, que notre terre qui nous héberge passe avant tout le reste, que notre vie et celles de nos
enfants ne se discutent pas. Que la santé de chaque citoyen n'a pas de prix.
Voilà notre travail et notre devoir! Cela peut paraître utopiste de prime abord, mais quoiqu'on dise et quoiqu'on fasse, il faudra y tendre. A Copenhague les politiques présents n'ont pas compris
cela! Résultat : un échec total.
Ne faisons donc pas les mêmes erreurs, SVP!

ADPSE



René 24/12/2009 19:51


Joyeux Noël à tout le monde, et que les belles bougies éclairent les pensées de certains. Profitons de ce Noël sans centrale ainsi que des prochains Noëls sans centrale.


Eric Kamblock 24/12/2009 08:28



On ne peut pas être d'accord avec
cette affirmation "Il est désormais clair qu'il n'est plus possible de faire confiance aux politiques, devenus des hommes d'affaires et non des responsables politiques, pour reprendre
l'expression du président brésilien Lula, pour résoudre les problèmes du monde."Elle est absurde venant de la vice-présidente d'un parti politique, mais elle montre
aussi l'orientation fondamentalement à droite du Modem: penser que la solution au problème de survie de l'espèce puisse être résolu par un comportement vertueux des opérateurs micro-économiques
(les entreprises socialement et envitonnementalement responsables d'une part et les consommateurs respnsables de l'autre) est faire la même erreur que les libéraux qui prétendent qu'il existe des
mécanismes "naturelséde régulation: ça ne marche pas et permet au contraire aux privilégiés à vivre au dépend de la terre et des exploités. Copenhague est un échec parceque les forces de progrés
sont sous représentées au plan politque. La solution viendra de plus de régulations contraignantes qui ne peuvnet être promues et mise en place que par des organisation politiques te les
gouvernement qui en seront issus, qu' ils s'agissent de droits de barrières douanières , de normes ou de lois.


au-delà des organisations
citoyennes, Il faut élire des hommes politiques , élus sur un programme clair et ambitieux sur le plan de l'écologie politique, au niveau local comme au plan national et européen. Seul le soutien
populaire et des organisations politiques militantes et structurées permettront la permanence et le succés de la lutte pour la défense de l'espèce, au travers celle de l'environnement.

Eric Kamblock, militant du Parti Socialiste, comseiller municipal de Sarreguemines



ADPSE 25/12/2009 02:01


Ce commentaire permet peut-être de lancer une réflexion positive et constructive... Peut-être!
La vraie question pourrait être : est ce que les "politiques", c'est à dire les élus de gauche ou de droite, est ce qu'ils sont encore capables de faire
quelque chose qui peut aider le citoyen? ne sont-ils pas trop aveuglés par le profit?
Les élus de la Casc pourraient être les témoins de cette représentativité 'négative' pour le citoyen. Comme le disait si bien le député maire Céleste Lett à une radio allemande en juin dernier. '
La Centrale pollue, mais il y a des retombées financières' : cela est monstrueux!
Cet exemple illustre un peu les gestes des élus CASC de notre région : l'argent passe avant la santé des gens! Et c'est cela qui n'est pas tolérable de
la part de gens élus par les citoyens.
L'éthique n'existe plus, le respect du prochain, de l'humain n'existe plus!
 Il devrait y avoir une sorte de comité de sages (en dehors des partis politiques) composés de citoyens avérés honnêtes qui seraient placé au dessus des hommes politiques, au dessus
des chefs d'état, un comité indépendant et renouvelable par exemple au bout d'un an,  avec un pouvoir de refus ou d'acception de propositions faites par les politiques.
L'idée de Corinne Lepage me parait interessante et beaucoup de gens sentent cela instinctivement. Il y en a assez de ces politiques 'dictateurs' dirigés par les intérêts financiers de grands
groupes.
La discussion est ouverte....
ADPSE